Yiddish Revival

Dans mon lointain entourage, il demeure quelques curieux spécimens ashkénazes qui parlent avec l’accent de ceux qui sont aussi familiers du yiddish que du français. Lorsque vous les entendez converser lors des réunions de famille, vous vous surprenez à sourire : cet accent-là emporte tout sur son passage.

Il raconte un humour différent, une autre façon de voir les choses, mais surtout un recul par rapport aux évènements du passé, aussi tragiques fussent-ils… A la fois amusant et vertigineux, le vieil accent ashkénaze, en voie de disparition, dit mille choses. Il est le miroir de ce que nous étions voilà quelques générations. Il raconte ce que nous sommes devenus. Il évoque le malheur, mais dit surtout la rage de vivre.

Avec les années, les Juifs français ont coutume de dire que leur Yiddishland imaginaire s’est réduit comme peau de chagrin. Voyez plutôt : à Deauville et à Juan-les-Pins, cela fait longtemps que l’on n’entend plus parler yiddish et peu à peu, la rue des Rosiers s’est déjudaïsée, jusqu’à devenir une sorte de Disneyland pour touristes en quête d’un shoot rapide de culture juive. Il y a pourtant des raisons d’espérer. A travers l’Hexagone, les initiatives visant à perpétuer le mode de vie ashkénaze se multiplient. Prenez, par exemple, la marque Yiddish Mamma qui traite avec amour et humour du symbole de la mère juive. Pour « avancer sans oublier », Camille, sa créatrice a décidé de mêler Fashion, Food & Fun avec des inscriptions comme « Yiddish Mamma Power », « Super Mensch », « Chepselleh » ou « Klops forever » sur des sweats, des tee-shirts et même des sacs. Ses schmatès sont en vente à la librairie du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme et sur Facebook.

Attablée à un café parisien, elle nous en dit plus : « Même si nous venons d’une culture où la tradition orale est fondamentale, de temps en temps, il est nécessaire d’écrire les choses – en l’espèce, les mots… L’orthographe est parfois approximative puisque chaque famille avait sa façon de dire les choses ». Lancée il y a peu, la jeune marque est victime de son succès.

Ainsi donc, lorsqu’on renouvèle le genre ashkénaze, lorsqu’on fait appel à leur fibre yiddish, les descendants des habitants du shtetl savent se mobiliser. Le succès dont jouissent les Delicatessen Schwartz en sont une nouvelle preuve. Rue des Ecouffes, entre onion rings, gros cornichons et sandwichs au pastrami, l’âme ashkénaze revit le temps d’un repas. C’est branché et copieux, à la fois moderne et ancestral. Pour la route, donnons un dernier exemple de ce Yiddish Revival des plus tendance. Sur Facebook, un groupe intitulé « Tu sais que tu es ashkénaze quand… », lancé en catimini, grouille désormais d’évocations d’un passé que personne ne veut voir disparaître. Les discussions sont parfois maladroites, mais le cœur y est. Entre mots d’humour et recettes de cuisine, 3.000 membres y échangent quotidiennement. La preuve que la modernité peut faire
revivre le passé.

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