La proposition vient d’Eva Joly, candidate écologiste à la présidentielle française : accorder un jour férié aux Juifs pour le Yom Kippour* et un autre aux musulmans pour l’Aïd-el-Kébir**. Une idée qui fait vraiment débat en France.
Mme Joly est pour que « chaque religion ait un égal traitement dans l’espace public*** ».Au nom du « rêve français, celui de la passion de l’égalité », elle propose donc de rendre fériés les jours des deux principales fêtes juives et musulmanes.
C’est peu dire que l’idée a suscité un débat passionnant et passionné. Surtout dans un contexte, où, selon un sondage, 51% des Français estiment que l’islam a trop de droits chez eux. Et que 30% se disent « attirés » par les idées du Front National de Marine Le Pen.
Il est à noter que, dès le lendemain le porte-parole de la candidate a dû préciser qu’« il n’est pas question de rajouter des jours fériés supplémentaires. Il s’agit de remplacer Noël ou Pâques par les jours fériés de sa propre religion ».
Les partisans de cette proposition font valoir qu’elle est reprise du rapport de la « Commission Stasi » qui, en 2003, affirmait que « le paysage spirituel français a changé en un siècle. Et qu’il fallait tenir compte « des fêtes les plus solennelles des religions les plus représentées » ».
Ce serait donc un principe de la laïcité que de respecter toutes les religions. N’est-il pas injuste d’obliger Juifs et musulmans à respecter des fêtes chrétiennes ? Il conviendrait donc que les entreprises reconnaissent comme jour férié le Kippour et l’Aïd-el-Kebir.
Actuellement, dans le secteur privé, ceux qui désirent ne pas travailler ces jours-là doivent le négocier avec leur patron ou prendre un jour de congé. Autre argument : la France, pays des Droits de l’Homme, serait la première à adopter une telle mesure.
En face, les réponses sont multiples : la plupart des entreprises ferment pour Noël ou Pâques. Comment Juifs ou musulmans pourraient-ils dès lors « rattraper » leurs jours de congés ? Même problème dans l’enseignement.
Autre raison : si on parle d’égalité de traitement pour convictions spirituelles, il faudrait un (ou plusieurs) jour férié pour les incroyants, les agnostiques, les athées…
A droite, élections obligent, on met aussi en exergue l’histoire : « Notre pays a des racines chrétiennes, chacun doit pouvoir y trouver sa place ». (Laurent Wauquiez, ministre de l’Enseignement supérieur)
«Ni le Consistoire, ni le Grand Rabbinat ne sont à l’origine de ces revendications »
Ou encore Luc Chatel, le ministre de l’Education : « J’invite madame Joly à sillonner la France et à se rendre compte de cet héritage chrétien ». Pour la gauche, par contre, « il faudrait qu’Eva Joly se souvienne toujours de ce grand principe français, la laïcité ».
Et le candidat socialiste, François Hollande, a complété cette déclaration de Michel Sapin, son directeur de campagne, en précisant: « Il ne peut être question d’introduire de nouveaux jours fériés en fonction des religions ».
D’autant que ceux-ci « sont depuis longtemps détachés de leur origine religieuse ». De son côté, Brigitte Bardot estime qu’Eva Joly « fait honte aux écologistes » en encourageant « l’ignoble sacrifice sanglant de l’Aïd-el-Kebir ».
Les autorités religieuses réagissent, elles, avec prudence. Côté catholique, c’est le silence. Gilles Bernheim, Grand rabbin de France, rappelle que « ni le Consistoire ni le Grand Rabbinat ne sont à l’origine de ces revendications ». Il prendra position « lorsque les choses seront plus claires».
Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, estime lui, que « les déclarations d’Eva Joly vont dans le sens d’une meilleure intégration sociale du culte musulman », mais il juge difficile que « cette recommandation trouver une traduction dans le cadre législatif ».
Pour mémoire, citons cette recommandation du philosophe Henri Peña-Ruiz : pourquoi ne pas remplacer les congés religieux par des jours fériés civils : la journée de la Femme, la fête de la Musique, la Saint Valentin ?
A noter qu’au Pérou, ce 14 février, jour de la fête des amoureux, a été décrété férié. Pour la seule année 2012, certes, et afin de relancer le commerce et le tourisme. Mais ce n’est peut-être qu’un début…
Et vous, que penseriez-vous si une telle proposition, rendre fériés le Yom Kippour et l’Aïd-el-Kebir, était faite chez nous ?
*Yom Kippour, le « Jour du Grand Pardon », est la fête la plus sainte du judaïsme. C’est une journée de prières, de jeune et de repentir. Elle conclut les dix « Jours redoutables » (ou « terribles ») qui rappellent que l’humanité sera un jour jugée par l’Eternel.
**Aïd-el-Kebir, la « Grande Fête » ou (« Fête du Sacrifice »), est la plus importante de l’islam. Elle évoque le sacrifice d’Abraham. Celui-ci s’apprêtait sur l’ordre de Dieu à égorger son fils qu’un ange remplaça au dernier moment par un mouton. En souvenir, les familles musulmanes doivent en sacrifier un aussi.
***Les Français ont droit à 11 jours fériés par an. Cinq de fêtes civiles : Le jour de l’An, la fête du Travail, la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Fête nationale, l’Armistice de la Première Guerre mondiale. Et six de fêtes religieuses : le lundi de Pâques, le jeudi de l’Ascension, le lundi de Pentecôte, l’assomption de Marie, la Toussaint et le jour de Noël.