On est donc là ? Un candidat se fait insulter en public par un autre parce qu’il est juif ? Ce serait effectivement intolérable si le chef de ce « parti » raciste avait une quelconque représentativité plutôt que d’être un pitre sans guère d’intérêt.
Aux communales, comme à toutes les élections, les coups bas sont légion : après tout, chaque parti est en guerre avec tous les autres… quitte à se réconcilier ensuite en fonction des résultats.
En général, les formations démocratiques respectent cependant certaines limites, c’est même à cela qu’on les reconnait. On évite, par exemple, les attaques racistes. Sauf, voici peu, à Schaerbeek.
Yves Goldstein, n° 2 de Laurette Onkelinx sur la liste PS de la commune, s’est ainsi fait insulter parce qu’il était juif. Citation :
« Mais quel autre candidat de la liste PS (…) accepterait-il de s’afficher aux côtés d’un ancien membre du Comité directeur du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique ? »
Ou encore : « Voter PS à Schaerbeek, c’est voter le sionisme ». Bien sûr, il faut voir qui cause : cela pourrait être un des mini-partis d’extrême droite, sauf qu’en l’occurrence, c’est un groupuscule d’extrême gauche. Il est vrai que la différence ne saute pas aux yeux.
C’est un machin qui se nomme « Egalité », ce qui ne mange pas de pain, et qui prend très à cœur les problèmes quotidiens des populations défavorisées de la capitale. A preuve, « notre programme est placé sous le signe de la solidarité avec la Palestine ».
Et une de ses premières actions, s’il vient aux affaires, sera de mettre à l’ordre du jour de la Maison communale une motion exigeant que le Hamas soit retiré de la liste des organisations terroristes.
Mais quels sont donc les membres d’un parti aux si vastes ambitions ? Eh bien, lorsqu’il loue une cabine téléphonique pour y tenir congrès, on retrouve surtout, outre un ou deux militants associatifs, des islamistes et des exclus du Parti du Travail de Belgique (PTB)*.
Sans oublier leur Grand Leader, un nommé Nordine Saïdi. Un Belgo-Marocain dont les combats pour la démocratie ne sont pas assez appréciés. Ainsi s’est-il beaucoup investi pour la libération de Vincent Reynouard, enfermé dans les sinistres geôles sionistes de France pour négationnisme.
Dans le même ordre idée, Saïdi est aussi un grand défenseur d’une autre victime du complot juif mondial : Dieudonné. Tout cela avec son alter très égo, Souhail Chichah, l’intellectuel qui insulte plus vite qu’il ne pense.
Ce sont d’ailleurs ces deux compères qui ont organisé la splendide démonstration de dialogue qui s’est tenue à l’ULB en février de cette année. Mais si, celle où une bande de sympathiques braillards a refusé au public de pratiquer le libre examen en empêchant Caroline Fourest de s’exprimer.
Même qu’ils ont dit que c’était au nom de la liberté de pensée. Après quoi, Saïdi a publié sur sa page Facebook une vidéo au titre délicieux : « Breivik : le terroriste préféré de l’islamophobe Caroline Fourest ».
D’ailleurs, la plupart des déclarations de N. Saïdi, sur FB ou ailleurs, sont à pleurer de rire. Comme celle-ci qui date de 2009 : « Je comprends les attentats-suicides ou terroristes sans nécessairement les justifier ».
Ah, ce « nécessairement », quel petit bijou de drôlerie, on dirait du Le Pen, en mieux. Quand on pense que le MRAX (Mouvement contre le racisme, la xénophobie et le racisme) a osé exclure un tel humaniste de ses rangs. Pour une minuscule dizaine d’articles racistes…
Et qu’aucune organisation de la gauche radicale n’entend avoir de contacts avec lui. Mais dans quel monde (révolutionnaire) vit-on ? On voit par là que, pour le n°2 du PS, être attaqué par un homme de ce genre relève davantage du compliment que de l’insulte.
D’ailleurs, comme le dit Yves Goldstein lui-même** : « Lorsque je sillonne les quartiers et que je fais du porte-à-porte, les habitants ne me demandent pas si je suis juif, mais comment va-t-on faire pour que leurs rues soient plus propres et pour avoir le métro ».
Si on était d’humeur calomnieuse, on insinuerait volontiers que toutes les pétillantes déclarations de Nordine Saïdi servent d’abord et surtout à titiller les médias, histoire de lui permettre d’afficher un plus gros « press book » que ses estimables copains.
Quant à savoir si les électeurs bruxellois, musulmans ou non, y trouvent leur compte, c’est une autre affaire. Enfin, on verra bien les résultats d’« Egalité » le 14 octobre. Si on arrive à les lire, ils risquent d’être si petits…
*Voir le site Resistances.be
MISE A JOUR (20h30)
Décidément, l’humour ne connaît pas les frontières des partis. En témoigne ce tweet d’un autre rigolo, Adnan Bel Khatir, candidat libéral sur la Liste du Bourgmestre (FDF) : « On me dit qu’être sioniste actif et candidat PS à Schaerbeek ne pose aucun problème? Diantre, J’aurai dû suggérer un membre du Hamas à la LB ». Ils ont vraiment de la chance, ces Schaerbeekois, d’avoir autant de comiques comme candidats.
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