Zeruya Shalev :  »Ce qui reste de nos vies’ est mon roman le plus optimiste’

Ce 18 décembre 2014, l’Ambassade de France et l’Institut français d’Israël organisaient une rencontre inédite avec Zeruya Shalev, premier écrivain israélien à recevoir le prix Fémina étranger, pour son dernier roman Ce qui reste de nos vies.

Une rencontre à trois voix vient de se dérouler dans l’enceinte de l’Institut français de Tel-Aviv. A l’occasion de la parution de son dernier roman Ce qui reste de nos vies – publié cette année aux éditions Gallimard*- qui a reçu en novembre le prix Femina étranger, Zeruya Shalev est venue échanger avec le public francophone. Trois ans après la sortie de son cinquième roman en Israël, elle s’est prêtée de bonne grâce à une conversation avec l’auteur Alona Kimhi (Suzanne la pleureuse et Lili la Tigresse), une amie de longue date. Une soirée clôturée par une performance musicale -mêlant guitare et chant- signée Marva Shalev Marom, la fille de Zeruya, âgée de 26 ans, qui a mis en musique certains poèmes composés par sa mère.

Née en 1959 dans un kibboutz en Galilée, Zeruya Shalev (cousine de l’écrivain Meir Shalev) qui a fait des études bibliques à l’Université hébraïque de Jérusalem, est l’un des rares écrivains à vivre de sa plume en Israël. Ses précédents romans, parmi lesquels Vie amoureuse, Mari et femme et Thèra, traduits en 22 langues, sont en effet des best-sellers dans de nombreux pays européens.

Rencontre avec la mort

Victime en 2004 d’un attentat-suicide à Jérusalem, dans lequel dix personnes perdront la vie, la romancière conçoit Ce qui reste de nos vies, lors des longs moments d’immobilisation forcée imposées par ses blessures.

Son cinquième roman démarre dans une chambre d’hôpital, où Hemda, une vieille femme aux portes de la mort, reçoit à son chevet ses deux enfants : Dina sa fille, la mal-aimée, et Avner, le fils adoré. Dina, vit avec son adolescente de fille, dont elle supporte mal l’éloignement. Après avoir sacrifié sa carrière, cette quadragénaire projette d’adopter un enfant, pour donner un nouveau sens à sa vie, au risque de menacer son couple. Avner, un avocat qui défend la cause des Bédouins, est piégé dans son mariage avec une femme qu’il n’aime pas.

« Amos Oz, qui fait partie de mes lecteurs les plus assidus, m’a dit qu’il fallait beaucoup de courage pour commencer un livre avec un personnage de femme âgée, clouée son lit d’hôpital », a confié Zeruya Shalev lors de l’évènement de Tel-Aviv. « Mais à mes yeux, Hemda est paradoxalement la figure la plus dynamique du roman. Sa conscience est constamment en mouvement, elle plonge dans le passé, revenant sur les différentes étapes de sa vie ». Les autres personnages du roman, sont également confrontés à une situation qui les oblige à se poser la question de ce qu’ils feront du reste de leur vie.

« Pour Dina qui envisage l’adoption, le don de soi et un amour inconditionnel font figure de réponse », a confié Zeruya Shalev, qui a elle-même fait le choix d’adopter un enfant dans la foulée de sa « rencontre avec la mort » en 2004. « Son frère Avner empruntera une autre direction. Au total, ce roman qui s’appuie au départ sur des personnages aigris, et plein d’amertume, débouche sur une forme de tikkoun, de réparation, de miséricorde. C’est sans doute le livre le plus optimiste que j’ai écrit ».

* Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz.

]]>