Le 25 juin 2011, cela fera cinq ans que Guilad Schalit a été enlevé par un commando palestinien. Cinq ans pendant lesquels sa famille et tous ceux qui le soutiennent n’ont cessé de se battre pour tenter d’obtenir sa libération. Rencontre avec son grand-père, Zvi Schalit, un homme qui crie son indignation.
Nous sommes au lendemain de Yom Hazikaron, jour du souvenir pour les soldats israéliens morts au combat, et vous avez perdu un fils pendant la guerre de kippour, cela ne doit pas être une période facile pour vous… Effectivement, notre fils Yoel Schalit, l’oncle de Guilad, a été tué en 1973 au début de la guerre qui a opposé Israël a la Syrie, guerre qui s’est finalement soldée par un succès. Concernant Guilad, notre petit-fils, nous ressentons à son égard une terrible injustice qui met en danger ses droits et qui pourrait être stoppée en relâchant des prisonniers arabes détenus dans les prisons israéliennes. J’avais contacté benjamin Netanyahou lorsqu’il était leader de l’opposition au parlement. Il m’avait promis que quand il deviendrait premier ministre, il règlerait le problème immédiatement et libèrerait Guilad des mains du Hamas. Il n’a pas tenu sa promesse, et je le rends responsable de ces deux années additionnelles que mon petit-fils vient de passer en détention. C’est un incapable.
Pourquoi le cas de Guilad Schalit s’avère si difficile à régler ? Netanyahou a déclaré que les prisonniers libérés redeviendraient des terroristes, ce qui a bien sûr effrayé tout le monde. On compte pourtant de nombreux cas où la libération de prisonniers en échange de soldats ou pour sauver des civils qui avaient été capturés, s’est faite sans problèmes. Je ne comprends pas pourquoi notre petit-fils ne peut pas être libéré, je suis terriblement critique par rapport à cette attitude. Guilad n’est pas un prisonnier de guerre, c’est un otage du Hamas qui vit dans des conditions inhumaines. Personne ne l’a vu depuis sa capture. Les dernières nouvelles que nous avons eues de lui datent du 14 septembre 2009, via une vidéo du Hamas retransmise à la télévision. Avant cela, nous avions reçu trois courtes lettres, dans lesquelles il nous disait ses mauvaises conditions de traitement et son besoin d’être hospitalisé, parce qu’il a aussi été blessé lors de son enlèvement.
Quelle est votre position concernant celle qu’on a appelée « la Loi Schalit » ? Je refuse déjà totalement qu’on l’appelle comme ça, ce serait un très mauvais signal. C’est une loi qui a été proposée (pas encore votée, ndlr) par le député du Likoud, Danny Danon, et qui vise à durcir le sort des prisonniers palestiniens. Contrairement à Noam, le père de Guilad, je pense que si le gouvernement souhaite intervenir dans ce sens et changer leurs conditions de détention, il doit le faire une fois que Guilad sera libre, pas maintenant. Ses conditions de vie risqueraient encore de se détériorer.
Entre quelles mains repose aujourd’hui le sort de Guilad Schalit ? Il semble y avoir des contacts entre le nouveau régime égyptien et le Hamas, mais je ne sais pas encore si ces contacts ont abouti à quelque chose. Le médiateur allemand aurait pu jouer un rôle, bien qu’il reste limité. Quant à la France, elle a le devoir de réagir dans la mesure où Guilad est aussi un ressortissant français. Plusieurs actions ont été organisées dans la communauté internationale, des associations d’Amis de Guilad ont été créées, et Guilad a été reconnu citoyen d’honneur de plusieurs villes (Paris, Miami, Rome, Nouvelle-Orléans…). Mais Netanyahou est le seul homme aujourd’hui à pouvoir décider.
La grande marche qui a rassemblé en Israël des milliers de personnes pour faire libérer Guilad et votre entrevue avec le Premier ministre israélien il y a un an ont-elles fait avancer les choses ? Pas du tout. Benjamin Netanyahou m’a écouté, mais n’a absolument rien fait. Je ne peux imaginer que mon petit-fils pourra encore survivre très longtemps à de telles conditions de captivité. J’attends aujourd’hui que le nouveau négociateur nommé par Netanyahou se charge de son cas et rende visite à l’Egypte. On verra les nouvelles et l’éventuelle évolution de la situation à son retour. Je ne veux pas parler d’« espoir ». Je suis réaliste.
Plus d’infos en Belgique : www.guiladshalit.eu
Express
Tankiste de l’armée israélienne, doté de la double nationalité franco-israélienne, âgé de bientôt 25 ans, Guilad Schalita été capturé le25 juin 2006 lors de l’attaque d’un poste militaire à la lisière de la bande de Gaza. Son enlèvement a été revendiqué par trois groupes armés palestiniens (dont le Hamas) qui réclament son échange contre des prisonniers palestiniens détenus en Israël.Entre espoir et désillusion, les négociations ont achoppé notamment sur l’identité des détenus concernés et le lieu où ils seraient relâchés. Contrairement aux conditions dont bénéficient les prisonniers détenus en Israël, le Hamas a toujours refusé au Comité international de la Croix rouge international de lui rendre visite. La dernière preuve de vie de Guilad Schalit date du 14 septembre 2009.
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